“Sergueï” C’est encore moi !!!

Je toise un bon mètre soixante-dix au garrot, voire peut-être déjà plus et a priori je n’ai pas encore fini de grandir. Autour de moi, on ignore mes origines exactes mais bon j’ai une robe brillante à faire pâlir un pur-sang, de grandes oreilles, les yeux ouverts sur le monde, mon monde. Le refuge Sauv’Equi tout d’abord, la clinique de Liège qui m’a fait devenir hongre en une opération, le pré de la famille Klein à Vry où j’ai pu – enfin – m’ébattre avec quelques copains cet été et, depuis quelques jours, un hôtel trois étoiles où je me suis senti immédiatement comme chez moi. Faut dire qu’à mon arrivée un box paillé en quantité avec foin à gogo m’attendait ! Eh oui, moi, Sergueï, 4 ans, je suis actuellement accueilli au Haras de La Vannoue à Longeville-lès-Cheminot, dans un écrin de verdure, je vous raconte même pas !

La VannoueDominique Francin, le propriétaire des lieux, s’est excusé : comme Virginie m’avait décrit, il s’attendait à un équidé handicapé (je lui en veux pas à Virginie, elle m’a connu avec mes problèmes de hanche, de pied-bot, s’est inquiétée comme tant d’autres alors…) Mais voilà, ave tout l’amour des bénévoles de l’association et les soins vétérinaires appropriés, je me suis étoffé, j’ai pris un peu d’assurance. A tel point que Dominique m’a trouvé < beau > ! < Avec une bonne tête ! >, a-t-il dit.  Si, si ! De la part d’un homme de cheval passionné, expert en la matière – suffit de voir les modèles qui vivent dans son écurie -, ça fait plaisir, hein !

La mission de ce monsieur ou plutôt de Yan Hanselmann, en qui il a toute confiance : me débourrer. C’est-à-dire m’apprendre à garder une selle sur mon dos, puis à accepter quelqu’un pour me guider dans le calme et le respect. Bon, le respect, j’en ai pour l’homme mais, bon, le problème c’est que je ne fais pas attention et que je ne me rends pas compte de ma force… Tenez, l’autre fois, j’ai un peu malmené Dominique qui me conduisait au manège. Heureusement, rien de grave : de toute façon, il en faut plus pour impressionner ce professionnel qui, au demeurant, me trouve gentil, sociable même. A tel point qu’il pense que ce stage capital pour mon avenir sera peut-être plus rapide que prévu. Ben oui, je tourne déjà en longe, on m’a sellé une première fois et la prochaine étape, avant les choses sérieuses (un cavalier au-dessus de moi), c’est de rester calme à l’attache. Vous en doutiez ? Moi pas ! Reste mon énergie à canaliser. Dominique pense que je serai plutôt une monture d’homme, on verra. Moi, ce qui m’importe, c’est de trouver quelqu’un qui m’aime toute ma vie (que j’espère très longue, je vous le dis tout net), qui prenne le temps de m’apprendre les choses correctement dans la douceur et subvienne à mes besoins. En attendant, je sais que je peux compter sur les membres actifs de Sauv’Equi qui vont essayer de parfaire mon apprentissage en me pansant sans que je bouge, en me promenant en longe sans que je prenne la main, en me sellant à nouveau, etc. De mon côté, je ferai de mon mieux, c’est promis !