Comprendre, observer, espérer, aimer

LE CHEVAL ET L’HOMME : L’ETAT D’EVEIL

hippothérapie En liberté, le cheval présente des modes de comportements qui sont déterminés par la structure sociale de la harde et par la capacité de ses membres à former des amitiés particulières. Le langage corporel, lorsqu’il est adapté aux chevaux, permet d’établir la dominance nécessaire, ainsi qu’un rapport de confiance intime empreint de compréhension.

Il y a entre l’homme et le cheval à la fois une peur et une attirance. Peur de ne pas comprendre l’autre, sa masse, son intention. Peur du cheval d’être la proie d’un prédateur.
Peur de l’homme de perdre la maîtrise, d’être dépassé par cet animal cinq ou six fois plus imposant que lui. Mais aussi il y a l’attirance. L’homme est fasciné par cet être puissant et sensible, beau et vif, doux et attentif… Le cheval cherche la sécurité, la protection de celui qui n’est plus tout à fait un prédateur.

La base de la relation entre le cheval et l’homme se situe dans un rapport de référence et de confiance. Pour dépasser toute tentation anthropomorphique, il est important de se souvenir que le cheval est un animal, une proie dans la nature, un être sensible et capable d’émotions, certes, mais avant tout il est un animal. Notre rencontre, entre homme et cheval, se fera selon les modes de communication connus du cheval, et de l’homme pour autant que celui-ci prenne conscience de son animalité et de son langage corporel. Si le cheval pense et réfléchit, il ne le fait certainement pas selon nos critères.

Combien de fois n’entendons-nous les projections que l’homme fait sur l’animal, pensant mieux le comprendre en lui prêtant ses raisonnements strictement humains ? Non, le cheval est un animal ! Pour le comprendre et tenter une communication avec lui, il faut oublier nos références humaines et entrer dans cette vigilance particulière du cheval. Celle qui lui fait percevoir en-deçà de mots, l’attitude intime de son interlocuteur. Tenter de communiquer avec le cheval, c’est se mettre en état
d’éveil.

De par son développement et sa morphologie, le cheval est « un animal vivant en société, hautement spécialisé pour la fuite et originaire de grands espaces aux horizons illimités. Fuite, société, et espaces, nous allons retrouver ces éléments dans notre recherche de
relation au cheval.

La perte des craintes du cheval du fait de sa domestication ne peut nous faire oublier son comportement archaïque de fuite. Il nous faut en tenir compte, c’est-à-dire le respecter. La contrainte qui interdit la fuite est donc à bannir, y compris la plus petite contrainte telle une longe maintenue tendue pour faire avancer le cheval. Cette simple traction persistante lui fait renoncer, même de manière minime, à ce choix permanent qu’il opère entre la fuite et la confiance. Or c’est grâce à cette capacité de choisir la confiance qu’une réelle collaboration avec notre partenaire cheval peut s’établir. A chaque étape du travail commun, ce souci du choix du cheval doit nous occuper. Dans la prairie, au box, à pied ou à cheval, tous ces instants créent la relation et laissent une trace de confiance.

Tout cela ne veut pas dire qu’on se contente de faire ce que le cheval décide. Non, nous sommes partenaires. Nous sommes donc ensemble dans la relation. Simplement, notre mode de communication sera plus riche par la persuasion que par la coercition. A tout instant, les deux partenaires s’accordent, tiennent compte de l’autre, sont à l’écoute des initiatives, et y apportent une réponse.

Dans sa recherche de sécurité, le cheval cherche un référent. Si celui-ci est trop dur, encombrant ou exigeant, le cheval se sent contraint et cherche la fuite ou entre dans la confrontation. Si l’une ou l’autre sont réprimées, il finira par démissionner. Si, au contraire, il ne sent pas la détermination de la personne, le cheval ne peut s’y fier et passe son temps à ignorer les demandes de son cavalier. Si enfin, la personne peut se placer dans une attitude à la fois déterminée et posée, elle offre alors au cheval une référence et une sécurité. La dominance et la confiance peuvent s’établir. L’équilibre existe entre le cheval et l’homme.
La relation peut se vivre. C’est-à-dire que cet équilibre se rejoue à chaque instant. Dans ce jeu de perceptions réciproques, le cheval est particulièrement attentif. A l’état sauvage, il est capable de réagir au signal soudain et presque imperceptible de l’étalon en alerte. Dans sa fuite, le poulain se met au diapason de sa mère. Et l’éducation des jeunes chevaux se fait essentiellement par imitations. Entrer en communication avec le cheval, c’est aussi prendre conscience que chaque mouvement, chaque intention, chaque attitude est un message.
Attente et disponibilité.

A un moment ou à un autre, la personne doit se poser la question de ses attentes personnelles sur le cheval, en prendre conscience, pouvoir les déposer afin de se rendre disponible à ce que le cheval peut offrir. Un cheval surchargé d’attentes ne peut s’exprimer tel qu’il est, et ne peut apporter sa part d’initiative dans la relation à établir. Il y a dans la relation avec le cheval un jeu subtil entre l’affirmation de soi et la disponibilité à l’autre. Il y a autant d’accueil que de don, et je ne peux déterminer d’avance ce que je vais accueillir de l’autre. Quelle sera notre aventure commune ? Comment lui dire qui je suis ?
Comment recevoir ce qu’il est ? De cet échange, de ce voyage entre les êtres, naîtra la
relation telle une création.

On est loin des techniques équestres appelées à la rescousse pour conduire le cheval. Nous entrons alors dans une dimension plus globale de la relation au cheval. Elle est physique,
mentale et même spirituelle. Les Moines Chevaliers connaissaient le chemin permettant « d’unir les deux âmes », celle du cheval et du moine. La méditation et le travail avec le cheval se rejoignent naturellement dans une recherche perpétuelle de rencontre des êtres. Prise de conscience de soi, ouverture à l’autre, place que l’autre prend en moi, et création commune… Il y a alors dans la relation quelque chose d’Infini.

Extrait d’un séminaire d’hippothérapie.