Article paru dans le Républicain Lorrain du 24 avril 2008

Surfing_03 Promis à l’abattoir, Surfing s’offre une seconde jeunesse
Stéphanie a retrouvé dimanche, à Rezonville, le cheval qui a fait son bonheur pendant six ans. En proie à des problèmes financiers, elle s’en était séparée et le croyait heureux en Normandie. Un reportage sur TF1 lui a appris qu’il venait d’être sauvé de la boucherie par une association mosellane.

Dans les près de Rezonville, près de Gravelotte, Surfing broute paisiblement. A ses côtés, Stéphanie Guyoton, 25 ans, ne le quitte pas du regard. Elle a partagé avec ce pur-sang les six plus belles années de sa vie. Leurs retrouvailles n’auraient pourtant jamais dû avoir lieu. Car Surfing revient de loin. De très loin. Sans l’action de l’association mosellane Sauv’Equi, il aurait terminé sur les étals d’une boucherie chevaline.

Ce cheval aux yeux en amande est né dans la prestigieuse écurie des Weirthemer. Surfing y est dressé pour galoper sur les traces de son père, Alleged, vainqueur du prix de l’Arc de Triomphe en 1977 et 1978. « Il a été monté par de grands jockeys comme Olivier Peslier ou Thierry Tuilliez. Dans ma chambre, j’ai une photo où il est en tête du Quinté », raconte son ancienne propriétaire. Mais en 1997, une blessure met un terme à son ascension. Une association le sauve une première fois de la boucherie, avant que sa propriétaire de l’époque ne décide de s’en séparer suite à des problèmes financiers. Stéphanie a alors 16 ans. Elle enchaîne les petits boulots et casse son livret jeune pour réaliser son rêve : s’offrir un cheval. Pendant six ans, le duo partage tout. « Je ne vivais que pour lui. Je lui consacrais tout mon temps et mon argent. Il était l’amour de ma vie », résume cette banquière habitant près de Versailles. Dans un texte s’adressant à Surfing, la jeune femme décrit les sentiments qui les unissent : « Nous étions des êtres remplis de souffrance et nous nous sommes aidés. Combien de fois tu m’as enroulé avec ta grande encolure lorsque je pleurais. »
A l’article de la mort

Mais en 2004, Surfing se met à boiter de l’antérieur gauche. Pour soigner sa tendinite, le cheval doit être mis au pré. « La propriétaire des écuries où nous étions n’a pas accepté qu’il y reste. Elle voulait qu’il retourne au box pour percevoir une pension bien plus importante. » Désargentée, Stéphanie n’est plus en mesure d’assumer cette dépense. La mort dans l’âme, elle confie Surfing contre bons soins à une écurie normande. Ne se sentant pas prête à retourner le voir, elle prend régulièrement des nouvelles par téléphone. Jusqu’à ce soir d’octobre 2007 où elle reconnaît Surfing à la télé. Il est le héros d’un reportage du 20 h de TF1 sur l’association Sauv Equi, spécialisée dans le sauvetage de chevaux condamnés à finir à la boucherie. La jeune femme comprend qu’on lui ment depuis plusieurs mois.

« Quand on l’a racheté, il était à l’article de la mort. D’une maigreur à faire peur, il n’arrivait pas à marcher », se souvient Romuald Ponzoni, président-fondateur de l’association. De vétérinaires en maréchaux et de soins physiques en réconfort moral, Surfing finit par se refaire une santé. « Grâce à ce cheval, j’ai compris qu’avec beaucoup d’attentions, on peut retaper des chevaux mal en point. C’est lui qui m’a donné envie de créer l’association », poursuit le responsable. Dimanche, Stéphanie est revenue voir Surfing pour la deuxième fois en six mois : « J’ai beaucoup culpabilisé de l’avoir confié à des gens qui l’ont laissé mourir. Aujourd’hui, je sais qu’il est heureux. C’est cette vie-là que je rêvais de lui offrir. Il vit dans les champs, en compagnie d’autres copains et entouré d’humains qui l’aiment. »

Reconnue d’intérêt général

Sauver des chevaux du couteau. C’est l’objectif de l’association Sauv Equi, créée il y a un peu moins d’un an par des passionnés du meilleur ami de l’homme. Basée à Rezonville, près de Gravelotte, elle bichonne à l’heure actuelle 70 équidés. « La moitié est constituée de chevaux réformés des courses. Les haras et les entraîneurs ont une entreprise à gérer. Un box représente une charge mensuelle et quand le cheval ne leur rapporte plus rien, ils l’envoient à la boucherie », résume Christophe Frideritzi, trésorier et administrateur. En leur proposant quasiment le même prix, à savoir 700 ou 800 €, Sauv Equi arrive à les détourner de ce système. L’autre moitié des chevaux pris en charge à Rezonville provient de propriétaires qui ne peuvent plus assumer leurs pathologies ou tout simplement leur rôle. Les bénévoles de l’association s’efforcent de les remettre sur pied pour leur offrir une retraite paisible. L’adoption par des tiers reste en effet rare.
Mais la structure n’en reste pas là. Soucieuse de développer une plate-forme pédagogique, Sauv Equi a décidé d’ouvrir ses box à des enfants handicapés ou a des détenus : « Un cheval est un animal sensible qui perçoit tout ce qui ne va pas. On ne peut rien lui imposer. Il faut composer avec lui. C’est un outil pédagogique extraordinaire et je peux vous assurer qu’il se passe de véritables miracles entre ces personnes en difficulté et l’animal », assure Christophe. Reconnue d’intérêt général, l’association fonctionne grâce aux dons de ses 170 adhérents. « Un refuge comme ça, cela représente 8 000 € de dépenses mensuelles », conclut Christophe.
Sauv Equi,
89 rue de Metz,
57130 Rezonville.
Courriel : info@sauv-equi.fr  Site Internet : http://sauv-equi.fr

Philippe MARQUE. Photo Karim SIARI