Parrainage d’OTYELO

Otyelo La famille SENGELEN a adhéré voilà un peu plus d’un mois chez Sauv’Equi, elle s’implique en famille dans toutes les tâches de l’Association. Cette sympathique famille a eu un coup de foudre pour notre magnifique OTYELO. Pour rappel Otyelo est non montable, après avoir été dressé très tôt pour la tauromachie il est passé entre les mains d’un cascadeur qui s’en est très vite débarrassé car le pauvre OTYELO a fini par rencontrer de grosses difficultés physiques à encaisser ce qui lui était demandé. Une fois arrivé chez Sauv’Equi en mars 2008 notre vétérinaire a diagnostiqué une arthrose sévère exceptionnelle pour un cheval aussi jeune (6 ans). En collaboration avec nos Maréchaux il a été décidé de lui adapter des fers orthopédiques pour les antérieurs afin de lui soulager les genoux, depuis OTYELO vit sa vie de cheval parmi les autres et bénéficie de toute l’attention et de l’amour d’une famille en or. Le parrainage permet de nouer une relation forte entre une personne (ou plusieurs) et l’un de nos pensionnaires.

Ces dernières semaines d’autres couples se sont formés, Sylvie et Tituan, Doris et Tennesee, Lucienne et Igor. Il reste encore de nombreuses histoires d’amour à écrire, venez nous rendre visite et qui sait vous aussi vous tomberez amoureux de l’un de nos 20 pensionnaires (non encore parrainés) qui attendent eux-aussi un parrain ou une marraine.

Le parrainage consiste à prendre en charge la pension de l’équidé, 100 euros pour un cheval et 50 euros pour un poney ou un âne. Les sommes versées sont déductibles fiscalement en raison de notre Reconnaissance d’Intérêt Général. Certains de nos adhérents se sont regroupés pour parrainer l’un de nos pensionnaires. Merci à toutes et tous, ces parrainages permettent la survie financière de notre refuge.

Otyelo

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Regard vers le passé pour savourer le présent et ne plus s’inquiéter de l’avenir.

Sans nostalgie, mais plutôt avec plaisir je reviens à travers ce blog sur mon parcours chaotique qui m’a conduit chez Sauv’Equi.

Je me souviens de ces années passées avec des hommes peu soucieux de ma personne, ils n’attendaient qu’une chose de moi, que je réponde sans délais aux ordres reçus, que cela me plaise ou non. Croyez-moi la sélection était dure, éprouvante et parfois douloureuse jusque dans mes chairs. Tout a commencé par une éducation très sévère et parfois violente, je devais faire confiance à mon cavalier qui m’obligeait à esquiver un animal étrange, il était impressionnant, imposant, terriblement musclé, il semblait affolé, paniqué, mais demeurait fier et prêt à tout pour s’en sortir. Au début je ne comprenais pas très bien la règle du jeu, mais très vite j’ai compris que la mort rôdait dans cet espace restreint et que les vainqueurs étaient souvent les hommes qui eux connaissaient parfaitement les règles qu‘ils avaient eux-mêmes définies, étrangement ils semblaient prendre beaucoup de plaisir dans ce jeu. Pour moi c’était dur, mais quand je pense à la fin que connaissait l’autre, celui qui avait des cornes, ma place était enviable, bien que j’ai vu des copains moins chanceux mal finir, des images sanglantes, le bruit des gens autour, les odeurs de sang et de sueur mêlées me hantent encore aujourd’hui.

Je devais être trop sensible, pas assez « explosif » alors un jour, on m’a mis dans un camion et j’ai quitté mes copains de misère pour retrouver de nouveaux amis dans une nouvelle écurie. J’étais content, heureux de sentir qu’autour de moi, il n’y avait plus l’odeur spécifique de cet animal étrange avec des cornes que j’avais appris à craindre et a esquiver, j’étais rassuré. Mon bonheur fut de courte durée, très vite l’homme qui s’occupait de moi exigea des choses que je ne comprenais pas. Il était déterminé à me faire exécuter des figures et à adopter des postures qui me faisaient mal. Plus je lutais pour lui montrer que je ne comprenais rien à ce qu’il me demandait, plus il devenait cruel et me contraignait par la force afin d’arriver à ses fins. Très vite, j’ai compris qu’il valait mieux céder, alors j’ai exécuté dans la douleur, en serrant les dents, tout un tas de cabrioles et de cascades, mais même comme ça je n’avais toujours pas en retour la reconnaissance et le respect auquel je m’attendais… Au contraire, rapidement les ennuis de santé se sont accumulés, les blessures dues au travail intensif, les soins, les vétérinaires. Voilà plusieurs jours que je ne travaille plus, j’ai mal partout, mes articulations me font souffrir, à cinq ans j’ai l’impression d’en avoir vingt de plus, Un jour, mon tourmenteur est venu dans mon box, il m’a caressé le cou et il m’a piqué, j’ai senti un liquide me pénétrer, au bout de quelques minutes, je n’avais plus mal nul part, quelle joie, puis un couple est arrivé et ils m’ont harnachés pour m’essayer, la dame d’abord puis le monsieur, j’étais surpris car ils ne me demandaient rien de difficile, ensuite ils ont tous discuté et semblaient satisfaits, une voiture avec un van est arrivée et on m’a chargé à l’intérieur. De l’intérieur du van je voyais l’écurie et mes copains d’infortune disparaître, au bout de quelques heures j’ai senti mes douleurs revenir, bloqué à l’intérieur de ce van cela devenait insupportable, mes genoux me faisaient atrocement souffrir, je n’avais qu’une hâte, qu’on me débarque de cette boîte de torture. Après de longues heures de souffrance on ouvre enfin le van, mes genoux sont bloqués, la souffrance est telle que je ne peux faire le moindre pas, pourtant ce n’est pas l’envie qui me manque mais je ne commande plus mes genoux, ils sont énormes, j’ai mal. Mon regard croise alors celui du couple, je comprends qu’ils sont en colère, pourtant je n’ai rien fait de mal, j’aimerais sortir de là mais je ne peux pas, ils sont furieux.

Après cet épisode, ma vie bascule mais je ne le sais pas encore, j’ai fini chez un marchand avec d’autres copains, j’ai failli finir sur l’étale d’un boucher et puis les bénévoles de Sauv’Equi sont venus me chercher. Depuis ce jour de mars 2008 où je suis arrivé au refuge je panse mes plaies, j’essaie d’oublier mon passé de misère mais mon corps me le rappelle quotidiennement. Depuis ma naissance en 2002 à ce jour de 2008, je n’ai connu que mépris, brutalité et contraintes. Grace au refuge et aux bénévoles je découvre que les hommes peuvent donner de l’amour sans rien attendre en retour, c’est incroyable, au début j’étais sur mes gardes, j’avais du mal à croire les copains, il ne pouvait pas exister un endroit où un cheval comme moi pouvait vivre sa vie sans rien donner en retour… Et pourtant, les bénévoles qui s’occupent de nous ont un cœur énorme, par tous les temps ils sont là, ils nous soignent, nous papouillent, nous parlent, ils nous considèrent.

Depuis maintenant plusieurs mois, l’un d’eux m’a adopté, je l’aime bien, il est rigolo, il veut toujours faire l’andouille avec moi. Il m’a emmené dans une belle ferme au sud de Metz où j’ai plein de copains et une copine, Nephtys, qui elle aussi appartient au rigolo. Foutu caractère celle-là, ce n’est pas une fille facile, les autres sont sympas, Pompon, Coup de cœur un ancien crack de CSO à la retraite, Gringo un espagnol qui a le sang chaud et une dizaine d’autres. Il y a aussi des vaches, des veaux et un taureau, mais pas comme ceux que j’ai connu avant, il est sympa celui-là, il veut juste qu’on lui foute la paix, il y a juste quand Nephtys pête un câble et décide de jouer avec les veaux qu’il se fâche un peu. Vous l’aurez compris, je suis très heureux aujourd’hui, je suis tous les jours au pré, quand il fait froid j’ai un beau box confortable et surtout, on ne me demande rien d’autre que de vivre ma vie de cheval. Merci à Sauv’Equi, je mesure pleinement la chance que j’ai eu de croiser la route de cette superbe Association, bon courage à ses pensionnaires que je salue et qui me manquent.

Longue vie à Sauv’Equi.